Clémence, comédienne franco-mauricienne de 31 ans, incarne l’exemple parfait d’une artiste à la trajectoire aussi riche qu’inspirante. Passée par des débuts en tant qu’assistante sociale et art-thérapeute, elle a fini par répondre à l’appel irrésistible de la scène, renouant avec sa passion d’enfance pour le théâtre.


Pour commencer, pouvez-vous nous parler un peu de vous et de votre parcours en tant que comédienne ?
Je suis Clémence, Française et Mauricienne, j’ai 31 ans. J’ai d’abord démarré en tant qu’assistante sociale, poursuivi comme art-thérapeute avant de revenir à mon premier amour : le jeu. J’ai cheminé pas mal mais cela m’a beaucoup nourrie.
Comment votre passion pour la comédie a-t-elle commencé, notamment avec la troupe amateure réunionnaise Shazam à seulement 6 ans ?
Petite je me nourrissais énormément du rire des gens autour de moi et j’ai toujours eu envie de partager mon grain de folie avec les autres. Ma mère m’a inscrite à « Shazam » durant les deux années où nous avons vécu à la Réunion. J’ai des souvenirs lointains mais je me souviens de m’épanouir auprès du groupe des plus jeunes et avoir eu des étincelles dans les yeux en regardant mes professeurs sur scène !
Qu’est-ce qui vous a poussé à poursuivre un baccalauréat littéraire avec spécialisation théâtre ?
Dès la 4ᵉ, ma professeure de français m’a repérée et m’a invitée à rejoindre sa compagnie, « Gorges Coupez ». J’étais la plus jeune du groupe et j’ai découvert les joies de la création avec une troupe. Cela n’a fait qu’accentuer mon envie d’explorer le monde du théâtre ! À la fin du collège, le principal m’a encou-ragée à poursuivre dans cette voie et m’a orientée vers un lycée proposant une spécialisation théâtre. Il ne m’en fallait pas plus pour me convaincre !
Après vos voyages et vos études, qu’est-ce qui vous a amenée à lancer votre carrière à l’île Maurice en 2018 ?
Je suis originaire de l’île Maurice, où vit une partie de ma famille paternelle. Au fil de mes voyages, j’ai ressenti le besoin de me ressourcer là-bas. Une fois installée, j’ai voulu rejoindre une troupe d’improvisation théâtrale, « Komiko ». Le feeling est tout de suite passé, et nous avons joué un spectacle pendant deux mois. C’est avec Alessandro Chiara, un des comédiens de « Komiko », que nous avons ensuite monté le projet d’une réadaptation d’Antigone, jouée au Caudan Arts Center (théâtre national) en 2019.
Vous avez joué Stella Kowalski dans Un Tramway nommé désir. Qu’est-ce qui vous a marqué dans ce rôle ?
Ce rôle a été un véritable cadeau. Stella est, comme beaucoup des personnages de Tennessee Williams, un personnage complexe. Aimante et serviable, elle n’en reste pas moins profondément torturée. Ce qui m’a marquée, c’est son besoin viscéral de s’émanciper de sa condition : celle d’une femme prise dans un étau depuis sa jeunesse et qui se resserre inexorablement à mesure que la pièce avance. Jouer un tel rôle sur scène a été un bonheur !

Quel souvenir gardez-vous de votre expérience dans « Le Faiseur de Miracles » ?
J’ai travaillé avec Jon Rabaud, qui a réadapté et mis en scène la pièce. Nos échanges m’ont aidé à affiner ma compréhension du texte et de mon personnage, Hilde. Cette pièce représentait un défi, mêlant philosophie et poésie. Mais ce qui m’a le plus marqué est d’avoir dû chanter pour la première fois sur scène !
Le long-métrage The Blue Penny a marqué vos débuts au cinéma. Comment avez-vous abordé cette première grande expérience ?
J’ai eu la chance immense de participer à ce projet. Les conditions de tournage étaient particulières : en pleine pandémie de Covid, rien ne garantissait que nous pourrions mener nos vies et nos projets comme avant. Cette période d’incertitude a créé une atmosphère de solidarité et de bienveillance au sein de l’équipe, ce qui m’a permis de vivre cette première expérience sereinement et dans la joie.

Entre le théâtre et le cinéma, quels sont les principaux défis que vous rencontrez dans ces deux univers ?
Les défis sont bien différents, mais tout aussi intenses ! Si je devais faire une comparaison sportive, je dirais que le théâtre est un marathon, tandis que le cinéma est un sprint.
Le théâtre demande une énergie en continue, depuis les premiers temps de répétition jusqu’aux temps sur scène où tout est incarné, ressenti, et où chaque représentation doit être vécue comme s’il s’agissait de la première fois.
Le cinéma nécessite une bonne préparation mais cela requiert avant tout de la patience. La caméra impose une proximité et une intimité qui peuvent être déstabilisantes pour un comédien de théâtre. Il y a également l’idée qu’on n’a pas la main mise sur le résultat final en tant que comédien. Le montage en post-production peut venir réécrire complètement l’histoire du film.
Quels aspects du jeu théâtral vous aident le plus dans vos performances cinématographiques ?
Mon écoute des partenaires sur scène m’a beaucoup aidée au cinéma, notamment pour mon premier rôle. Le théâtre m’a appris à créer une véritable osmose avec mes partenaires de jeu, ce qui est indispensable dans les deux disciplines.
Y a-t-il un rôle ou une pièce classique que vous rêvez d’interpréter un jour ?
Le rôle de Cyrano est pour moi un rêve fou, mais si je suis pour la transgression des genres, je ne sais pas à quel point il serait intéressant de féminiser ce rôle.
Quels sont vos modèles ou vos inspirations dans le monde du théâtre et du cinéma ?
J’en ai effectivement plusieurs : Kate Winslet, Jodie Foster, Simone Signoret, Kristin Scott Thomas, Laure Calamy, Rachel McAdams, Marina Hands, Adèle Haenel, Alexandre Astier, Guillaume Gallienne, Denis Podalydès, Benjamin Laverhne, Pio Marmâï, Raphaël Quenard…
Vous parlez d’une envie de ne pas vous enfermer dans un seul registre. Quels types de rôles aimeriez-vous explorer davantage ?
J’ai eu la chance de jouer des rôles poignants et plus dramatiques ces derniers temps, j’en suis très fière ! Cependant, je souhaite éviter de m’enfermer dans ma zone de confort. La comédie, qui a été mon premier refuge, me fascine toujours. Le public a souvent des attentes plus élevées en matière de comédie qu’en matière de drame. J’aimerais relever le défi d’une pièce comique pour retrouver cette énergie et ce plaisir.

Quels sont vos projets à venir, que ce soit en France ou à l’international ?
Je prépare actuellement une pièce de Jean Cocteau, La Voix humaine. Écrite en 1930, il s’agit d’un seule en scène dont la mise en scène est portée par Vinaya Sungkur avec qui je collabore pour la première fois sur scène ! La pièce est prévue à partir du 16 janvier à l’île Maurice et nous n’excluons pas de la faire en dehors de l’île !
En parallèle je prépare aussi la pièce Intra-muros d’Alexis Michalik, mise en scène par Marie-Ange Koenig. J’y interprète le rôle d’Alice, entre autres car c’est une pièce à cinq comédiens mais à plus de dix personnages.
Avez-vous une préférence entre des collaborations locales et des projets plus internationaux ?
Je ne parlerais pas de préférences mais d’opportunités ! J’ai eu la chance jusqu’à présent d’enchaîner de magnifiques projets avec des collaborateurs mauriciens, tous plus talentueux les uns que les autres. Cependant ma double nationalité me permet de garder un œil ouvert sur ce qu’il se passe à l’extérieur de l’île. Revenir aux sources à travers de nouveaux projets serait un cadeau.
Comment vous préparez-vous mentalement et physiquement pour un rôle exigeant ?
Je n’ai pas de rituel bien précis mais pour me mettre en condition c’est d’abord par un travail de lecture approfondie et d’échanges quand le projet le permet. Découper le scénario ou le texte, l’analyser, le relire à plusieurs reprises me permet de m’y plonger pleinement. Je m’engage aussi dans des recherches et lectures parallèles. Physiquement, je n’ai jamais eu à modifier mon apparence pour un rôle. Depuis quelque temps, je me consacre à des échauffements vocaux plus intenses. Ma voix est mon principal outil mais également le plus fragile.
Quels conseils donneriez-vous à de jeunes comédiens qui souhaitent se lancer dans ce métier ?
Le seul véritable conseil que je pourrais me permettre de donner est de ne pas se concentrer uniquement sur le théâtre. Se développer dans différentes disciplines qu’elles soient artistiques, sportives ou autres permet de s’enrichir et de se nourrir en tant que comédien. La créativité rime avec multipotentialité, selon moi !


Clémence SOUPE — Comédienne • Île Maurice
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