Philip Camil, photographe passioné et expérimenté, nous invite à découvrir son univers riche et varié. Entre portraits, séries artistiques et collaborations uniques, il partage son parcours, ses inspirations et son approche profondément humaine de la photographie. À travers ses clichés, il met en lumière la singularité de chaque modèle, cherchant toujours à capturer l’authenticité et l’émotion.
Comment avez-vous commencé votre carrière de photographe ? Y a-t-il un moment ou un projet qui vous a poussé à vous lancer ?
Comme chromiste, j’ai travaillé pratiquement toute ma carrière sur les photos des autres : agences de publicité, éditeurs, imprimeurs, VAD ou industriels… Ensuite comme responsable de fabrication, il m’est arrivé de devoir (re)prendre l’appareil photo pour pallier aux défaillances iconographiques de nos fournisseurs.
J’ai commencé la photo de portrait tout-à-fait fortuitement, après un plan social dans l’entreprise, où beaucoup de mes collègues m’ont sollicité pour avoir une « belle » photo sur leur CV. À cette occasion, j’ai pris conscience qu’un bon portrait ne dépendait pas de la conjonction d’une bonne exposition, d’un bon cadrage, d’une bonne lumière mais avant tout chose d’une confiance et d’une complicité qui doit s’installer entre le photographe et son sujet. Depuis lors, je me consacre quasi exclusivement à la photographie de modèle.
Votre travail est très varié, allant de portraits à des styles plus artistiques. Qu’est-ce qui vous a conduit à explorer ces thématiques ?
J’aime la variété, j’aime expérimenter de nouvelles choses. Même dans mes séries, comme celles des « Madones » ou des « Violons d’Ingres », je tente mettre en valeur chaque personnalité. Chaque modèle est unique, avec son parcours de vie, ses attirances, ses réticences. Chaque shooting doit refléter cette originalité, et c’est ce qui fait pour moi la différence majeure entre le mannequin et le modèle.
Qu’est-ce qui vous inspire le plus dans la photographie ?
Ce qui m’inspire, ce sont les gens ! Je suis heureux de produire de belles images, mais plus encore d’avoir un retour très positif des modèles. Après avoir envoyé les clichés finalisés à l’une d’entre elles, j’ai reçu en retour cette réaction magnifique : « D’habitude, je ne supporte pas de me voir en photo, mais pour une fois, je me trouve belle… » Quelle meilleure récompense pour un photographe ?
Parmi les styles que vous pratiquez, lequel préférez-vous et pourquoi ?
Il y a évidemment des styles de photos pour lesquels je ne me sens pas d’affinités particulières. J’ai trouvé une solution simple : je ne m’engage jamais dans des projets qui ne me plaisent pas ! Je n’impose jamais un thème au modèle lors de mes collaborations. Il est toujours choisi d’un commun accord en fonction de nos goûts respectifs. Il n’y a pas de style de photo supérieur à un autre, du « simple » portrait au nu artistique ou expérimental.
Je me souviens de la réaction surprenante d’une modèle avec qui je travaillais depuis des années, à qui je demandais de choisir le sujet d’une séance à son gré. « Je voudrais une séance portrait ». Elle m’a expliqué : « Dans ce genre de shooting, je joue un personnage. Ce n’est pas moi que je vois. Par contre, j’ai toujours beaucoup de difficultés à me voir, moi, telle que je suis. Je crois que je suis prête maintenant pour tenter le portrait… »
Comment abordez-vous les séances photos de lingerie ?
Je dis souvent que la photo de lingerie ou de nu est un art délicat dans tous les sens du terme. J’ai rencontré des modèles qui m’ont annoncé d’emblée qu’elles ne voulaient pas faire de photos de ce style. Et d’autres qui voulaient tenter l’expérience dès notre première séance. Je respecte totalement les deux positions ! Quel que soit la séance qu’on envisage, on en discute bien à l’avance, avec ce préalable qu’à aucun moment la modèle ne doit se sentir obligée à quoi que ce soit.
Vous avez participé à de nombreuses expositions. Comment ces expériences ont-elles enrichi votre pratique ?
Une exposition est toujours une aventure. Je ne cherche pas à vendre mes œuvres, je ne recherche pas la reconnaissance. C’est une occasion heureuse de confronter un travail à un public nouveau, avec des réactions spontanées, parfois flatteuses ou surprenantes, mais toujours très pertinentes. Ce qui me touche, c’est le ressenti, l’émotion qu’une photo peut susciter.
Pouvez-vous partager une anecdote ou un souvenir marquant ?
Lors d’une récente exposition, j’ai eu le loisir de discuter avec un couple d’âge mûr, artistes tous les deux. Ils m’ont confié qu’ils avaient remarqué un changement spectaculaire chez leur fille, après seulement ces quelques séances photo avec moi : plus sûre d’elle, plus souriante, et même un changement physique avec une posture plus droite, plus ouverte… Quelle belle victoire !
Comment construisez-vous une relation de confiance avec vos modèles ?
Confiance, c’est effectivement le maître mot ! La prise de contact se fait avec un message courtois et construit, jamais de tutoiement, qui explicite mon travail. Un lien vers mon book en ligne. Un contrat type que je propose systématiquement, avec citation des textes de lois régissant le droit à l’image et la propriété intellectuelle.
Pendant la séance, prendre le temps de s’installer. Réserver un endroit où la modèle pourra se préparer en toute intimité. Et ne pas se prendre trop au sérieux ! Mes shootings sont toujours très détendus et joyeux, il est capital que cela reste un moment d’échange et de plaisir pour les deux protagonistes…
Quels conseils donneriez-vous à un modèle pour se sentir à l’aise ?
Lors d’un premier contact, toujours demander un lien vers un book officiel et exiger la signature d’un contrat. Une fois rassurée sur les bonnes intentions et le professionnalisme du photographe, se détendre ! Je ne demande pas au modèle de « poser », mais de « se laisser aller » ! Bouger, essayer des choses, se tromper, s’amuser : le geste instinctif est toujours juste. Les derniers clichés d’une séance sont souvent les plus intéressants : il faut laisser le temps d’installer un rythme et une communication entre les deux protagonistes.
Quels artistes ou photographes influencent votre travail ?
Je cherche mes inspirations dans tous les domaines. Les grands maîtres de la photographie : Cartier-Bresson, Doisneau, Ronis, Jonvelle et tant d’autres… Je suis également inspiré par les grandes œuvres de la peinture et de la sculpture historiques, Rodin, Maillol, Renoir, Bonnard et plus particulièrement Jean-Jacques Henner, un peintre injustement oublié aujourd’hui dont j’apprécie le traitement très « photographique » de la lumière et de la couleur.
Quels sont vos projets à venir ?
Je travaille actuellement sur une série de « Violons d’Ingres », en référence au célèbre cliché de Man Ray. Mon propos est de jouer sur l’effet miroir d’un côté du dos sur l’autre pour obtenir une symétrie parfaite, tout en conservant les particularités de chaque modèle. Ce thème rencontre un succès particulier auprès des modèles, car comme me le faisait remarquer l’une d’elles, on n’a aucune idée de ce à quoi ressemble notre dos ! Je pense pouvoir en publier une trentaine très prochainement, lors d’une exposition dont le lieu reste encore à déterminer.
Si vous pouviez collaborer avec un artiste ou une organisation en particulier, qui choisiriez-vous ?
J’ai déjà eu l’occasion de collaborer sur des projets à deux photographes, avec mon amie Mélanie Malfoy, une jeune photographe très talentueuse. Nos rencontres sont toujours très enrichissantes. Quant à présenter mes travaux au sein des grandes institutions dédiées à la photographie contemporaine, je n’y suis absolument pas opposé et j’en serais sincèrement honoré. Je n’en fait absolument pas une obsession…
Philip Camil — Photographe • Lille / Tournai / Valenciennes
Portfolio : philipcamil.bookfolio.fr


