Tiphaine Gardon, une jeune artiste niçoise de 28 ans, incarne à merveille la passion et la polyvalence. Depuis son premier rôle à l'âge de 10 ans, où elle interprétait Athéna dans une adaptation scolaire d'Ulysse, jusqu'à ses performances dans des pièces intenses et ses ambitions cinématographiques, son parcours reflète une quête constante de créativité et d'authenticité. Entre théâtre, jeu face caméra et collaborations artistiques, elle s'efforce de repousser les limites de son art.

© Tiphaine Gardon
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Pour commencer, pouvez-vous nous parler un peu de vous.

Bonjour ! Tiphaine Gardon, une Niçoise de 28 ans – bien que je soupçonne qu’il y ait une erreur dans les calculs. Je suis un mélange de passions et d’expériences, mais avant tout, je suis artiste. Mon parcours m’a permis de toucher à des univers variés, toujours guidée par l’envie d’exprimer, de créer et de partager.

Comment avez-vous découvert votre passion pour le théâtre ? Y a-t-il eu un moment déclencheur ?

Mon parcours a été marqué par des explorations variées : psychologie, arts appliqués, esthétique... Autant de domaines qui ont éveillé ma curiosité sans jamais rivaliser avec cette passion pour le théâtre, qui me trottait dans la tête depuis l’enfance.

J’ai débuté à l’âge de 10 ans, décrochant mon premier rôle féminin dans une adaptation d’Ulysse organisée par mon collège, où j’interprétais Athéna. C’était ma première expérience sur scène, et je m’y suis investie corps et âme, jusqu’à fabriquer mes propres accessoires. Une anecdote mémorable reste ce casque en carton, un peu trop grand, qui tombait sur mes yeux. Finalement, ma professeure a décidé de m’attribuer celui de ma camarade avec qui j’étais en concurrence pour le rôle... Une petite victoire un peu maladroite, mais si marquante !

Par la suite, le théâtre ne m’a jamais quittée : cours, café-théâtre, expériences universitaires… En 2017, j’ai participé à un projet familial qui m’a pour la première fois confrontée à une compagnie professionnelle, la Cie Ka-Théâtre. Travailler aux côtés de comédiens chevronnés a été une révélation. Après plusieurs créations, j’ai décidé de me lancer pleinement et de me professionnaliser une fois ma licence en psychologie obtenue.

Que retenez-vous de votre formation aux Cours Florent et au Quatrième Mur Lab ? Comment ces expériences ont-elles façonné votre jeu ?

Mes deux années aux Cours Florent ont enrichi ma culture théâtrale, m’ont permis d’explorer divers styles et techniques, et de m’amuser pleinement sur scène. J’ai aussi découvert le travail face caméra pour la première fois. Cependant, victime de leur succès par le nombre d’étudiants, j’ai choisi de ne pas poursuivre une troisième année et de découvrir d’autres horizons. En parallèle, j’ai intégré la Cie des 4Coins, où j’ai joué pendant plus d’un an Un éléphant à la patte cassée de Joëlle Fossier, une expérience marquante.

Quant au Quatrième Mur Lab, ce fut une immersion inspirante dans l’acting. Grâce à une direction de comédien de qualité, j’ai pu explorer une large palette de personnages, affiner mon jeu face caméra et mieux cerner les rôles qui me correspondent.

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Vous avez mentionné avoir commencé le théâtre en 2017. Quels ont été vos premiers défis en tant que comédienne ?

Mes premiers défis remontent en 2017 avec La Poupée Soldat, ma toute première expérience théâtrale avec une quinzaine de représentations. Jouer dans des théâtres, parfois dans des villages ou villes différentes, était déjà un énorme pas pour moi. Une représentation en particulier reste gravée dans ma mémoire : celle où nous avons dû jouer sans le comédien principal. La panique était bien là, mais nous avons su adapter notre jeu et assurer la représentation, une leçon précieuse sur l’importance de la réactivité et de la collaboration dans ce métier.

Ce projet avait également une dimension très personnelle. La Poupée Soldat était une adaptation du roman De la poudre au moineau écrit par ma mère, Claudie Gardon et Eva Sautel et mis en scène par Christine Matos (Cie Ka-Théâtre). J’étais honorée de pouvoir faire revivre ce poilu niçois qui était l’oncle de ma grand-mère. Cette dernière assista à notre première représentation et c’est avec fierté que je contribuais à la continuité de notre histoire familiale. Après le roman et la pièce, qui sait, peut-être un jour un film ?

Un autre défi marquant a été de remplacer au pied levé la comédienne principale dans Un éléphant à la patte cassée. Avec des dates déjà programmées, j’ai dû apprendre le texte en un temps record. Ce fut un beau challenge, d’autant plus qu’il s’agissait de ma première pièce en huis clos, où nous étions seulement deux comédiens sur scène.

Comment vous adaptez-vous aux différents types de rôles, qu’ils soient dramatiques ou comiques ?

C’est une excellente question. Qu’un rôle soit dramatique ou comique, le personnage traverse toujours une palette d’émotions. Avant même de me plonger dans le texte, il est essentiel pour moi de cerner profondément le personnage : le connaître presque aussi bien que moi-même, comprendre à qui il s’adresse, ce qu’il veut réellement dire, et quelles sont ses intentions. Une fois ces bases posées, l’adaptation se fait naturellement. Tout réside dans la capacité à ressentir, à se connecter à l’essence du personnage et à laisser les émotions guider l’interprétation.

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Vous avez exploré le jeu devant la caméra. Comment cela diffère-t-il de votre expérience sur scène ?

Sur scène, j’apprécie l’intensité de pouvoir incarner un personnage d’une seule traite, du début à la fin de la pièce. Tout le travail réalisé pendant les répétitions aboutit à une performance complète et immersive, où l’on fait corps avec le personnage. Le théâtre offre une grande liberté d’expression, une recherche approfondie et une richesse dans le jeu. Chaque représentation est différente, évolutive et le public est également un facteur influent.

Devant la caméra, c’est différent. Bien que l’équivalent scénique soit un plan-séquence, les tournages impliquent souvent de nombreuses prises, parfois sur un même plan. Cela demande une capacité à retrouver, encore et encore, la même énergie et authenticité. Le jeu à l’écran est plus intimiste, presque quotidien : il ne nécessite pas de porter autant la voix ou d’accentuer les expressions comme au théâtre. C’est un jeu plus subtil, mais tout aussi précis.

Évidemment, tout cela dépend des attentes du réalisateur ou du metteur en scène.

Quels sont vos rituels ou méthodes de préparation avant d’entrer sur scène ou devant la caméra ?

Avant d’entrer sur scène ou devant la caméra, je commence par un échauffement complet : travail du souffle, de la voix, de l’articulation et du corps. Ce moment est essentiel pour me recentrer. Ensuite, je prends le temps de me reconnecter avec mes partenaires de jeu, souvent en partageant une partie de l’échauffement ensemble, qui se termine par un transfert d’énergie et de bienveillance, parfois même avec un câlin.

J’ai également besoin d’un moment à moi. Cela peut passer par l’écoute de certaines musiques, un temps de calme où je ne fais rien, avant de plonger dans la préparation et l’incarnation du personnage. Et enfin avant l’arrivée du public, on termine toujours par un petit cri de guerre pour se donner un dernier élan d’énergie !

© Tiphaine Gardon
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Comment trouvez-vous l’inspiration pour donner vie à vos personnages et captiver votre public ?

Tout commence par une analyse approfondie du texte : comprendre chaque pensée, le sous-texte et les enjeux du rôle. Une fois ces bases posées, je laisse place à l’interprétation. L’essentiel est de traverser et de vivre pleinement chaque scène. Si je ressens réellement ce que traverse le personnage, cette sincérité se transmet naturellement au public, qui sera alors captivé.

Votre galerie « Expressions » est fascinante. Comment travaillez-vous pour capturer autant d’émotions à travers vos expressions ?

Fascinante, je ne sais pas, mais j’ai toujours eu cette habitude, depuis toute petite, de faire le pitre devant un objectif. Peut-être que tout vient de là ! Plus sérieusement, j’aime explorer une large palette d’émotions et de personnages. Chaque expression est pour moi une manière de raconter une histoire, de capturer un instant précis, et cela me permet d’expérimenter librement tout en m’amusant.

Avez-vous des modèles ou des artistes qui vous ont inspirée dans votre carrière ?

Bien sûr, de nombreux artistes m’ont inspirée et continuent de le faire, chacun avec une spécificité et leur singularité. Audrey Tautou pour sa sensibilité et sa douceur, Fabrice Luchini pour son amour des mots et sa justesse, Meryl Streep pour ses incroyables métamorphoses, ou encore Jim Carrey pour son expressivité unique.

Ils ont sans doute nourri en moi l’envie de jouer, mais je ne pourrais pas citer un artiste en particulier qui aurait déclenché cette passion. C’est comme si cette envie avait toujours été en moi : un besoin naturel d’explorer différentes personnalités, d’exprimer mes multiples facettes et de donner vie à tous mes « Moi ».

Vous collaborez avec des photographes et des réalisateurs. Quelle est l’importance de cette relation pour la réussite d’un projet ?

J’aime l’idée de pouvoir épouser au mieux la vision du réalisateur ou de capter l’œil du photographe, tout en y apportant ma propre sensibilité et ma touche personnelle. Ces collaborations sont essentielles, car elles permettent de créer une véritable alchimie artistique. Comprendre leurs attentes, leurs inspirations, et échanger nos idées enrichit toujours le projet.

C’est un travail d’équipe où chacun apporte une part de sa créativité. Pour moi, la clé de la réussite réside dans la communication et la confiance mutuelle. Être à l’écoute tout en osant proposer permet d’atteindre un résultat authentique, qu’il s’agisse d’un shooting photo ou d’une production cinématographique.

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Quels sont les plus grands défis auxquels vous avez été confrontée dans votre carrière de comédienne ?

J’en ai déjà évoqué certains plus haut, mais l’un de mes derniers défis est sans aucun doute mon rôle d’Iris dans Une fille sans personne, une pièce que nous jouons actuellement, inspirée de l’œuvre de Carine Lacroix. Ce rôle marque un tournant pour moi : c’est mon premier personnage aussi intense avec un texte puissant, loin du registre comique auquel j’étais habituée.

Interpréter une femme en milieu carcéral, un univers que je ne connais pas, a demandé un véritable travail d’imagination et de projection. Il fallait comprendre et ressentir ses peines, ses frustrations, cette carapace qu’elle s’est construite. Iris est un personnage complexe, enfermé dans un quotidien oppressant, mais qui, grâce à Camille, l’animatrice d’un atelier d’écriture, commence à se reconnecter à ses sensations, à l’écriture, et à son imaginaire… ce qui, paradoxalement, lui fait peur.

C’est une pièce profondément poétique et épistolaire. Elle raconte une bataille contre un double enfermement : physique et émotionnel. Voir comment Iris utilise l’écriture pour ne pas sombrer dans la folie, a été un défi aussi bien technique qu’émotionnel pour moi.

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Que diriez-vous à une personne souhaitant débuter dans le théâtre ou le jeu d’acteur ?

Je lui dirais de ne pas prendre trop longtemps sur l’apprentissage du texte. Apprends-le rapidement pour pouvoir te concentrer sur l’essentiel : explorer le jeu, chercher différentes interprétations, et donner vie au personnage. Et surtout, prends le temps de vraiment connaître ton personnage, aussi bien que tu te connais toi-même. Comprends ses pensées, ses intentions, ses failles, et ses forces. C’est ce qui rendra ton jeu authentique et captivant. Le théâtre ou le jeu d’acteur, c’est avant tout un espace d’exploration et de liberté, alors ose expérimenter, prendre des risques, et amuses toi !

Quels sont vos objectifs ou rêves à long terme en tant que comédienne ? Y a-t-il un rôle ou un projet particulier que vous aimeriez réaliser ?

Je rêve de jouer dans des longs métrages et d’explorer un maximum de genres : films engagés, films d’époque, films d’action… J’ai soif de diversité et d’expériences.

Plus jeune, j’étais attirée par mille métiers différents. Je voulais tout essayer architecte, restauratrice de livres, reporter de guerre, criminologue, ou même Yamakasi ! Cette curiosité, cette envie de vivre mille vies, m’a poussée à chercher ce qui pourrait rassembler toutes ces aspirations. Et un jour, la révélation m’est venue : devenir actrice. Être comédienne, c’est justement avoir la possibilité d’explorer ces univers variés, d’incarner des vies différentes, et de s’imprégner d’histoires uniques… tout en jouant. C’est comme être l’actrice de sa propre vie, réunissant toutes ses passions en une seule vocation.

Alors, mon objectif à long terme est clair : continuer à m’épanouir à travers des rôles qui m’enrichissent et m’élèvent. Étoffer mon jeu, gagner en expérience, et pourquoi pas, un jour, créer et réaliser mes propres personnages ou scénarios, des histoires qui touchent et transcendent, à la fois le public et moi-même. Cela serait l’accomplissement ultime.

Si vous pouviez jouer dans une production internationale ou travailler avec un réalisateur spécifique, qui ou quoi choisiriez-vous et pourquoi ?

Park Chan-Wook, réalisateur coréen de l’un de mes films préférés Old Boy. Un thriller psychologique intense où se mêlent action, suspense, énigme, scènes de violences stylisées et chorégraphiées le tout dans une atmosphère glauque et profondément immersive. La structure du film, son rythme et son esthétique sont saisissants. Ce film est un parfait mélange de tout ce que j’aime et qui me captive.

Tiphaine GARDON — Comédienne • Actrice • Nice, France
Portfolio : gardontiphaine.bookfolio.fr